7 octobre 2015 Amanda Biggs

Octobre Rose : entre sensibilisation et pinkwashing

Octobre, l’automne est arrivé avec ses couleurs flamboyantes, de magnifiques teintes de rouge, d’orange, de jaune et… du rose. Oui, du rose pâle, cette couleur par tradition associée à la douceur et la féminité, une couleur désormais devenue l’emblème du cancer du sein. Par ailleurs, notons que chaque cancer a une couleur, bleu pour le colon, jaune pour les os ou encore blanche pour les poumons… mais en ce mois spécial, nous allons nous intéresser au rose et son cancer.

À l’échelle internationale, le rose recouvre réseaux sociaux, magazines, vitrines et rayons des supermarchés. Rubans roses, messages d’engagement ou de soutien et campagnes de sensibilisation, tous ont un but commun de sensibiliser, d’informerde soutenir les malades et de recueillir des fonds pour la recherche.

Au programme : courses, événements, flash mobs, attribution de prix, illuminations de monuments comme la Tour Eiffel ou des bâtiments prestigieux et j’ai même vu un hamburger rose pour l’occasion…

Les origines du mouvement

Le ruban rose a plusieurs origines

On peut lire que la première femme de ce mouvement fut Nancy Goodman Brinker qui a créé la Susan G. Komen fondation en 1982 après le décès de sa sœur Susan a seulement 36 ans à cause de cette maladie. En 1990 lors de la course Race for the Cure au Texas, elle donna des visières roses aux femmes ayant survécu à un cancer du sein. Puis, lors de la course Race for the Cure à New York, Nancy distribua un ruban rose à chaque participant.

L’année suivante, en 1992, inspirée par les rubans rouges contre le Sida, Charlotte Haley, une femme qui a vu sa grand-mère et sa fille souffrir de cette maladie, offre aux passants dans les rues de New York un petit ruban de couleur pêche en guise de soutien aux femmes atteintes du cancer et pour sensibiliser les pouvoirs publics à cette maladie.

Par ailleurs, le géant des cosmétiques Estée Lauder décide de s’investir dans cette cause. La firme décide de dédier un numéro annuel à la maladie dans son magazine consacré à la santé des femmes Self Magazine. Au sein de la rédaction,  Evelyn Lauder, vice-présidente chez Estée Lauder et Alexandra Penney, rédactrice en chef de Self, souhaitent s’associer à Charlotte Harley et promouvoir son ruban. Cependant, cette dernière refuse en affirmant que cette opération serait trop commerciale. Armée d’avocats, la société Estée Lauder passe outre à ce refus et change la couleur du ruban. Désormais le ruban sera rose et deviendra l’emblème international de la lutte contre le cancer du sein.

En 1993, Evelyn  Lauder créée la Breast Cancer Research Foundation et l’année suivante Estée Lauder, le magazine Marie Claude et la société de cosmétiques Clinique s’associent pour créer l’association « le cancer du sein, parlons-en ! ».

Un mois pour la sensibilisation

Le mois d’octobre pour sensibiliser au cancer du sein, provient d’une campagne internationale fondée en 1985 par l’organisation American Cancer Society et le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca. Le but de cette campagne : informer le grand public, soutenir les malades et recueillir des fonds pour la recherche.

Aujourd’hui en France, l’association « le cancer du sein, parlons-en ! » décrit le mois d’octobre comme « une plate-forme d’information, de sensibilisation, de dialogue et de lutte contre le cancer du sein. »

Chiffres clés du cancer du sein

Rappelons que le « cancer du sein est une tumeur maligne qui touche la glande mammaire. Cette tumeur peut propager des cellules cancéreuses dans tout l’organisme : on dit alors qu’elle métastase. »

  • 1 femme sur 8 risque de développer un cancer du sein au cours sa vie
  • 1ère  cause de mortalité par cancer chez les femmes (11 886 décès en 2012)
  • 48 763 nouveaux cas environ chaque année
  • 8 cancers sur 10 touchent les femmes de plus de 50 ans
  • 86% est le taux de survie à 5 ans après un cancer du sein
  • Moins de 1% des cancers du sein concernent les hommes
  • 2,4 millions de mammographies par an
  • 51 ans est l’âge médian diagnostic

Plus un cancer du sein est détecté tôt, plus les chances de guérison sont importantes, pensez au dépistage préventif.

L’instrumentalisation de la maladie

Le marketing de cause

Depuis sa création, le phénomène du ruban rose a pris une très grande ampleur outre-Atlantique où les marques communiquent sans limite ni scrupules sur cette cause. En France aussi on voit apparaître dans les magazines et les supermarchés toutes sortes de produits étiquetés du ruban rose, avec des mentions pour Octobre Rose et la lutte contre le cancer du sein.

L’industrie du pinkwashing génère plusieurs millions de dollars chaque année. Les marques s’empressent de se lancer dans le marketing de cause pour :

  • se donner une image responsable,
  • profiter du buzz créé autour de la cause,
  • augmenter les profits…

Le choix du cancer du sein n’est pas anodin puisque les marques se montrent ainsi soucieuses de la santé des femmes qui sont non responsables de cette maladie qui leur arrivent. Ils ne soutiendraient pas par exemple le cancer du poumon souvent lié à de mauvaises habitudes de vie. De fait, cette maladie dispose d’une  couverture médiatique exceptionnelle en par rapport à d’autres pathologies tout aussi graves.

Attention cependant aux dérives

On s’aperçoit que la transparence des recettes dont la part reversée aux associations et à la recherche n’est pas toujours claire et parfois inexistante. Pour certaines marques, c’est le règne de l’hypocrisie. Elles se placent comme actives dans la lutte contre le cancer du sein mais commercialisent des produits potentiellement cancérigènes, par exemple des enseignes de fast-food, des marques de cosmétiques, des constructeurs automobiles et même des grandes entreprises pétrolières !

Pour illustrer le pinkwashing, je vous propose une vidéo parodique du non-sens de certaines marques avec dans ce cas la promotion d’une Pink Cigarette :

« Think Before You Pink »

Ainsi, avant d’acheter un produit avec ce fameux ruban rose, l’association  Think before you pink propose de poser ces questions :

  • Quel montant du prix sera reversé aux actions de lutte contre le cancer du sein ?
  • Quels organismes recevront ce montant et que vont-ils faire avec ces fonds ? Quelles actions mènent-ils pour lutter contre le cancer du sein ?
  • Est-ce qu’une somme maximale de dons par l’entreprise est fixée ? Si oui, quand cette somme est atteinte, plus rien n’est reversé par l’entreprise ?
  • Que fait l’entreprise pour s’assurer que ses produits ne contribuent pas à l’épidémie de cancers du sein ?

De très belles initiatives et des efforts honorables dans la lutte contre ce cancer sont réalisés tout au long de l’année par les associations, les entreprises et les particuliers. Le cancer du sein n’est plus tabou, parlez-en autour de vous de la maladie ainsi que des dépistages préventifs et participez à la recherche via des dons directement auprès d’associations transparentes.

Chiffres clés source : Institut national du Cancer

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